Mais Angemort, ce n'est pas seulement cela, c'est aussi des personnages peu communs, aux pulsions parfois si inhumaines mais qui pourtant présentant un fond d'humanité. Des personnages que la société a exclus ou qui ont exclu la société de leurs quotidiens, qui vivent avec leurs propres espoirs et leurs propres rêves. De ce que j'en dis, on pourrait croire ces personnages impropres à l'identification de lecteur. Erreur. Ce n'était pas là où je voulais en venir. En réalité, on retrouve chez eux beaucoup de stéréotypes de comportements que je qualifierais d'humains, comme par exemple : la soif de pouvoir, vouloir tout connaître et cerner, y compris la mort, la peur de voir son souvenir s'effacer dans les mémoires, avec le temps, la peur de l'inconnu, tout cela s'incarne à merveille dans le personnage de Maddalena, la nécromancienne qui représente également l'individu qui n'hésite pas à bafouer tous ses principes et morales pour parvenir à ses fins. Cheverny lui, m'inspire un être retranché dans son propre monde, reniant tout port d'attache au « monde réel » et plus encore, tout rapport humain : en effet, il affirme avoir vécu les meilleurs moments avec une femme lorsqu'il faisait l'amour à Jad, alors qu'elle était inconsciente et par conséquent, non réceptive, allant jusqu'à s'imaginer s'unir avec un double de lui-même pendant ces ébats. Ainsi la solitude ne le gêne pas. Les morts sont plus lui meilleurs cohabitants que les gens, autrement plus vivants. Cheverny ne vit que pour ses objets organiques qu'il collectionne au fond de ses catacombes. Pour repousser encore les « limite » des comportements humains, il apparaît dans Angemort un homme bête, ni vivant, ni mort, quasi-chimérique. Bien que ce ne soit pas un personnage très attrayant, au point de vue du relationnel, je parle en effet de Joyeux, être qui ne vit qu'à travers sa mère jusqu'à adorer ses excréments en lesquels il ressent la présence maternelle, attitude que l'on pourrait qualifier, relevant du fétichisme. N'oublions pas le contexte particulier de la naissance de Joyeux, il est issu de plusieurs générations de consanguins, son père étant un fils de Maddalena également. On pourrait s'avancer jusqu'à dire que la totalité de ses attitudes et comportements relèvent du registre comportemental de l'animal. Presque par opposition, on retrouve, tout au long du récit, une « présence » que l'on pourrait qualifier de personnage à part entière. Elle représente pour moi tout ce qui est parfait, pur mais à la fois naïf, enfantin et vierge de toute pensée mauvaises. Quelqu'un qu'on aurait passé du paradis végétal à l'univers impitoyable de l'animal à l'image d'Adan, il d'agit en effet de l'Ange. Ce livre est également peuplé de créatures plus ou moins « peu recommandables »comme le qualifie Sire Cédric non sans une pointe d'humour. On retrouve les élémentaires (Sylphes, Salamandres, Gnomes et Ondins) qui sont le plus souvent des Salamandres utilisées par la nécromancienne. Il y a présence aussi d'âmes damnées ou fragmentées telles que les résidus ou encore les ombres (qui sont les âmes des propres enfants de Maddalena). Des feux follets qui font office de chiens de garde (et oui, chez Sire Cédric, l'imagination est toujours très fertile...). Et enfin, tout en haut de l'échelle, personnifiés en la « personne » d'Asiel, éphèbe, de par son visage vierge de tout défaut et d'une beauté éblouissante, de part son « hyper-masculinité » également (en effet, il dispose de 3 sexes masculins), il est caractérisé par sa chevelure blanche, qui ne va pas sans rappeler celle d'Elric de Melniboné et son manteau confectionné de peau humaine noire. Je ne m'attarderais pas sur ce personnage là, car il est très énigmatique et difficilement saisissable. A certain moments, on a l'impression qu'il se joue des comportements humains, il est tellement au-dessus, qu'il regarde cela comme un film (notamment avec Maddalena) il est relativement peu sollicité, mais quand il l'est, son apparition reste marquante. Reste à parler de l' « héroïne » Jad. Elle peut se rapprocher de Cheverny dans le sens qu'elle aussi est seule. Sa mère étant morte et étant brouillée avec son père, dont elle a été libérée de l'emprise par Cheverny, en conséquence de quoi elle lui a promis s'être toujours avec lui sans jamais le quitter. Mais ce n'est pas cela qui fait de Jad u personnage si particulier. Elle possède un don de voyance descendant selon toute vraisemblance d'une grande famille de médiums. Elle vit donc dans les catacombes en compagnie de Cheverny, gérant une boutique de livres anciens, qui jouent pour elle le rôle d'amis, à la manière des cadavres collectionnés par son cohabitant. Livres qui se révéleront au fil du livre, comme de véritables alliés...Mais cela, nous le verrons plus tard.
En tout cas si vous avez quelque chose à ajouter sur les personnages, la discussion est ouverte.
Sabrya Von Krakenhauer.