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Petite dissertation préliminaire sur la poésie et la prose...

Petite dissertation préliminaire sur la poésie et la prose...
Longtemps j'ai pensé que la poésie était la représentation de l'écriture sous sa forme la plus pure. Le doux son régulier d'un alexandrin, la structure codifiée et la silhouette quasi-parfaite d'un sonnet. Tenez, asseyez-vous à l'ombre d'un grand arbre, fermez les yeux, confiez votre âme à ce qui vous entoure, devenez l'enfant de la nature, abandonnez-vous, à la manière du Dormeur Du Val de Rimbaud. Maintenant, à présent que vous avez tranquillement communié avec vous-même, prenez un recueil de poésie, lisez à haute voix un sonnet, ne faites pas attention au sens des mots, remarquez seulement le flot d'intonations qui sort de votre bouche. Le regard dans le vague, à qui pensez-vous ? Moi je vois, j'entends le doux murmure, le chant de l'eau d'un ruisseau. L'onde qui coule tantôt avec douceur, tantôt avec fracas, cette même eau qui heurte les rochers de la rive tantôt caressante, tantôt blessante.
Mais plus que la force du son, la poésie emploie avec brio la force du verbe, la force du mot. Dans quel but que ce soit. Victor Hugo ne dénonce-t-il pas Napoléon III dans de magnifiques poésies toutes rassemblées dans Les Châtiments ? De plus, le poète s'emploie à manier les sens et les contresens en jeux de mots infernaux et parfois difficilement saisissables. Lisez un peu Jacques Prévert et vous comprendrez de quoi je parle. Parfois, il m'arrive de me représenter la poésie comme un enfant introverti, replié sur lui-même, couché dans un coin obscur de sa chambre. Un enfant qu'il faudrait apprendre à connaître afin qu'il se dévoile. La poésie me paraît ainsi. Certains textes possèdent en effet un visage extérieur, qu'il faut dépasser pour découvrir les véritables enjeux du texte. Avant l'expression « lire entre les lignes » m'était étrangère, aujourd'hui je la comprends.
Ainsi donc, j'ai longtemps pensé que la poésie était la représentation de l'écriture sous sa forme la plus épurée. A présent cette phrase est au passé, j'avoue m'être trompée. J'ai fermé mon petit livre à l'ombre de cet arbre, j'ai rouvert les yeux et j'affirme que les auteurs de récits narratifs en prose sont indéniablement de grands artistes. Prenez pour exemple Flaubert qui à réussi à introduire dans ses textes une structure précise et chantante à la manière des vers. Chose que Flaubert s'appliquait à faire avec minutie, de façon presque maniaque, il aimait à dire que chaque mot était « passé au gueuloir »le fait de clamer à haute voix son verbe permettait de faire ressortir ce murmure, la chant de cette rivière, une nouvelle rivière qui a pour moi fait office de nouvelle conquête, mais au fond, qu'a-t-elle de si différent par rapport à l'autre rivière, celle de la poésie ?
De même les auteurs de textes en prose usent de leurs plumes pour condamner. Lisez Candide de Voltaire ou Les Misérables de Victor Hugo et osez dire que leurs mots, leurs phrases, sont moins forts, fatales et dénonciatrices que les vers des poètes. Enfin, on remarque aussi beaucoup le e phénomène de « double visage » chez les textes en prose, je pense par exemple à La Morte Amoureuse de Théophile Gautier qui use de la relation amoureuse entre un jeune prêtre et une vampire pour nous faire disserter sur la religion.
Tout cela pour dire que Sire Cédric, avec ses romans et nouvelles a été du rang de ces auteurs, qui m'ont fait apprécier la littérature en prose, et je pense que ce n'est pas un mince hommage que de le dire.

Sabrya Von Krakenhauer.

# Posté le samedi 24 mai 2008 09:32

Modifié le mercredi 28 mai 2008 05:34

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