Puisque je parlais plus haut d'images paradoxales, toujours concernant les livres, nous avons plus loin une scène assez étrange. Déjà au début du livre, les livres étaient de véritables compagnons, voire amis pour Jad, mais ils demeuraient tout de même des « choses », des objets, non dotés d'une mobilité propre. Cependant, plus en aval dans le livre, on les retrouves cette fois-ci, purement et simplement vivants. Mais plus que vivants puisque possesseurs d'une conscience propre. On pourrait d'ailleurs presque parler de libre-arbitre. Ils décident d'aider Jad dans la bataille qui fait rage pour la possession de la peau de l'Ange. Ils n'hésitent pas à embusquer les ennemis, bloquer leur progression dans les rayonnages voire même, les tuer en les étouffant de leurs pages. Là est le paradoxe. Les livres, donc le savoir, donc l'histoire, donc le patrimoine et donc la vie...tuent. Mais on pourrait encore interpréter cette scène d'une autre façon. Peut-être qu'ainsi, l'auteur voulait insister sur le fait que la lecture, le savoir et la connaissance, lorsqu'on les possédaient, permettaient d'affronter les ennemis qui représentent les problèmes de la vie, avec des alliés, qui sont toutes les choses que l'on a apprises avec la lecture. Et que donc le savoir rend plus fort, que celui qui sait, a plus de poids face à celui qui ne sait pas. Mais là ne sont pas les seules pistes de réflexion, quasiment à la fin du livre, on trouve un « exposition » de statues en plein air. Jusque là, hormis le fait que cette exposition soit en plein air, rien de bien spécial. Cependant, ces statues ne sont pas « habituelles », on pourrait dire qu'elles représentent la souffrance... Certaines sont éventrées, regardant leurs tripes sortir de leurs intérieurs pour se répandre sur le sol, d'autres encore présentent des amputations, sont égorgées...etc. De plus, il semblerait, que chaque âge, soit statufié dans une position d'extrême souffrance. Tous sont représentés. La piste ici porterais donc sur l'art, le beau et le moins beau, voire même sur la fonction de l'art. Doit-on ne représenter QUE le beau et le bonheur dans le but d'aboutir à quelque chose « d'agréable à regarder » ? L'art aurait donc pour fonction de matérialiser le beau, ce qui est éphémère. L'art ayant également la fonction de dénoncer, de montrer : la souffrance, la tristesse, la mélancolie. Les plus grandes batailles ne sont-elles pas représentées en toiles, dessins ou encore sculptures et poèmes ? L'art permettra donc aussi le souvenir. Et le souvenir et parfois si proche du remords... Et puis au final, la souffrance serait-elle belle ? Pour qui ? Pourquoi ?
Enfin, la dernière image que j'ai relevée est, elle, plus facilement saisissable. Et est pour moi, l'une des plus évocatrices. Angemort comporte bon nombre de scènes érotiques et notamment avec des créatures plus ou moins démoniaques, élémentaires ou encore démons (voir article sur les personnages). Dans chacune d'elle, le sperme, la semence mâle s'avère destructrice. Exemple : Les traces de brûlures sur le corps de Maddalena et la tête de l'ange qui s'est désintégrée suite à une éjaculation d'Asiel, suite à sont viol. On a donc bien ici une opposition mort/vie. On pourrait finalement se demander s'il n'y a pas cette opposition là tout au long du livre...
Enfin, si vous avez d'autres idées qui vous tiennent à c½ur n'hésitez pas à compléter l'article !
Sabrya Von Krakenhauer.